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Hommage à Eve Boucaud

Disparue le 8 juin 2024

Nous souhaitons rendre hommage à une femme de caractère, généreuse et inoubliable.

Eve Boucaud-Camou est née à Alger (Algérie), le 11 décembre 1939, et y a passé toute sa jeunesse. Elle s’est installée en France après avoir obtenu des diplômes en sciences naturelles et en zoologie.

En 1970, elle obtient un poste de maître de conférences en biologie animale à l’université de Caen.

Suite à l’obtention de son doctorat d’état, guidée par Kathy Mangold-Wirz, en 1973, Eve constitue sa propre équipe de recherche autour de l’étude des céphalopodes et contribue à la création du “Laboratoire de Biologie et Biotechnologies Marines” au côté du Professeur Michel Mathieu, directeur du laboratoire.

En 1983, Eve Boucaud-Camou est promue professeur de zoologie, poste qu’elle a occupé jusqu’à sa retraite en 2001. Elle a formé de nombreux chercheurs au fil des années dont quatre universitaires de notre laboratoire, dans divers domaines de la recherche sur les céphalopodes : Jean-Paul Robin en écologie et dynamique des populations, Joël Henry en neuro-endocrinologie et génomique de la reproduction, Noussithé Koueta, en écotoxicologie et Céline Zatylny-Gaudin, en physiologie de la reproduction et immunité.

Au cours de sa carrière, elle a dirigé 11 thèses. Si les céphalopodes étaient au cœur de ses recherches, Eve a participé également au développement de nouvelles thématiques de recherche notamment sur les mollusques bivalves comme l’étude de la régulation de la digestion chez la coquille Saint-Jacques avec Wilfrid Giard et Pascal Favrel.

Très curieuse et novatrice, elle a initié des recherches sur les processus de biominéralisation chez les mollusques en partenariat avec le service de la perliculture à Tahiti. Elle a notamment participé à la mise en œuvre au laboratoire de primo-cultures à partir de modèles non conventionnels comme l’ormeau avec Jean-Marc Lebel et Antoine Serpentini.

Eve Boucaud-Camou a marqué durablement la biologie marine au-delà des contributions de ses propres recherches valorisées par plus de 80 articles scientifiques et 60 participations en congrès.

Elle a initié et organisé le premier symposium international sur la seiche Sepia officinalis. Ce symposium a donné lieu à un ouvrage publié en 1991 sous le titre “La seiche – The cuttlefish”. Ce livre a eu et a toujours un impact considérable sur la recherche sur les seiches. Eve a collaboré avec de nombreux autres chercheurs éminents dans le domaine des céphalopodes, impliquée dans des projets européens (UE) et groupes de travail au niveau du Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM).

Eve Boucaud-Camou a bénéficié d’une chaire senior à la station marine de Fort Pierce en Floride financée par « the Smithsonian Institution », ce qui lui a permis de renforcer ses collaborations internationales.

Elle a été élue au conseil du “Cephalopod International Advisory Council” (CIAC) entre 1992 et 1997.

En hommage à ses réalisations académiques, elle a reçu l’insigne de Commandeur des Palmes Académiques, la plus haute des trois médailles décernées à d’éminents universitaires en France.

Eve Boucaud-Camou s’est également beaucoup investie dans l’organisation des enseignements de l’université en étant élue au Conseil des études et de la vie universitaire et en qualité de responsable du DEUG Biologie. Ayant à cœur le succès des étudiants, elle est à l’origine de la mise en place d’une première année bis à pédagogie différenciée (année B) spécifiquement dédiée aux étudiants redoublants. Initiative innovante à l’époque qui s’est révélée très fructueuse.

Eve nous a quittés le 8 juin 2024, à l’âge de 84 ans, nous en garderons de bons souvenirs, dont certains assez cocasses à propos de faits (d’arme) ayant émaillé sa carrière à l’université et qu’elle aimait rapporter à ses doctorants et aux jeunes maîtres de conférences de son équipe.

Certains se rappelleront de ses cours vivants et imagés en amphithéâtre où les différentes espèces de balanes, modestes crustacés de nos côtes, devenaient des personnages épiques bataillant leur place sur l’estran. Les doctorants, les chercheurs, l’ensemble des collègues qui l’ont côtoyée se souviendront de son autorité naturelle, d’échanges riches autour de la recherche, de son enthousiasme à partager son savoir au sein du laboratoire de zoologie, devenu ensuite le Laboratoire de Biologie et Biotechnologies Marines.

Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille et ses proches.

Les collègues de Biologie marine de l’université de Caen- Normandie (laboratoire BOREA/MERSEA).

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